lun., 24/04/2017

Rapports de domination dans l’entreprise et institutionnalisation de la souffrance au travail :  » Corporate « 

Un film de Nicolas SILHOL, co-scénariste Nicolas FLEUREAU (France 2016 – 1h35) – sorti en salles le 5 avril 2017

Institutionnalisation de la souffrance au travail : un modèle de gouvernance et de rapports de domination dans l’entreprise qui a gangréné progressivement toute la société !

« Corporate » est un film de grande qualité avec des comédiens renommés (particulièrement Céline Sallette, Lambert Wilson) qui affiche dès le générique que « les personnages de ce film sont fictifs mais les méthodes de management sont réelles ».

‘’Vous avez 46 ans, vous êtes à un moment phare de votre carrière, comment est-ce que vous vous voyez dans 10 ans ? … dans 2 ans, dans 6 mois ?… Ce n’est pas une question piège. Je me la pose aussi… Vous savez Catherine, nous sommes dans un monde en mutation permanente. C’est très important de ne pas subir ces évolutions, de savoir les anticiper… Comment vous envisagez la suite ?
[- Je… j’aimerais continuer à travailler au sein de l’équipe, continuer à donner le meilleur de moi-même tout en travaillant sur les points que nous avons identifiés ensemble]
Y a des tas de perspectives au sein d’Esen, des tas de possibilité d’évoluer…
[- C’est-à-dire ? Vous pensez que je devrais changer de poste ?]
Moi je ne veux surtout pas penser à votre place, mais on peut y réfléchir ensemble si vous voulez…
[Est-ce que vous me demandez de me mettre en mobilité ?]
Je peux vous accompagner… dans votre réflexion à ce sujet.

Emilie Tesson-Hansen, qu’on découvre très vite dans le cadre strict, courtois mais déterminé, d’une évaluation comportementale, est une jeune et brillante Gestionnaire des Ressources Humaines (interprétée par Céline SALLETTE), responsable du service financier au siège d’une grande société multinationale. Elle est considérée comme une « killeuse » devant pousser une partie des salariés à s’en aller d’eux-mêmes pour éviter de les licencier. Suite à un drame dans son service, avec le suicide par défenestration d’un membre de son équipe qu’elle cherchait à faire démissionner, une enquête est ouverte. Elle se retrouve en première ligne. Elle doit faire face à la pression de l’inspectrice du travail (Violaine FUMEAU), mais aussi à sa hiérarchie (notamment le DRH, interprété par Lambert WILSON) qui menace de se retourner contre elle. Emilie est bien décidée à sauver sa peau. Jusqu’où restera-t-elle ‘’corporate’’, c’est-à-dire totalement dévouée à son entreprise ?

Dès 1998, Christophe DEJOURS (CNAM, laboratoire de psychologie du travail), dans l’étude la plus fondamentale conduite en ce domaine « Souffrance en France – la banalisation de l’injustice sociale »… évoquait déjà le surnom de « tueurs » (p. 109) donné à « des cadres qui sont mobilisés pour exécuter des ‘’plans sociaux’’ et pour exercer méthodiquement la menace au licenciement à des fins d’intimidation » (p.150). Il signalait simultanément l’émergence de formations universitaires de niveau ‘’DESS de DRH – option licenciement’’ ! « De sorte qu’une fraction de la population, notamment des jeunes, privés de transmission de la mémoire du passé par les anciens qui ont été écartés de l’entreprise, se trouve ainsi conduite à apporter son concours au ‘’sale boulot’’, toujours au nom du réalisme économique, et de la conjoncture (…) Commettre l’injustice au quotidien contre les sous-traitants, menacer ceux qui travaillent de licenciement, assurer la gestion de la peur comme ingrédient de l’autorité, du pouvoir et de la fonction stratégique, apparaissent comme une banalité pour les jeunes embauchés qui ont été sélectionnés par l’entreprise. » (Ibid. p.118)

Pour Nicolas SILHOL, ce premier long-métrage fait suite à 2 courts-métrages appréciés dans plusieurs festivals, et plusieurs années mises à profit notamment pour analyser des fonctionnements d’entreprises, assister à des stages de formations de DRH, s’entretenir avec des inspecteurs du travail, après avoir découvert « qu’un certain système de ‘’management par la terreur’’ pouvait réellement détruire des vies et des individus », suite à la vague de suicides chez France Telecom où il fut particulièrement choqué par « le cynisme du PDG déclarant qu’il fallait mettre un terme à cette ‘’mode du suicide’’… comme si c’était ceux qui souffrent qui étaient responsables… ».
Il réalise, avec la complicité de son co-scénariste, Nicolas FLEUREAU, un des meilleurs films sur ces ‘’nouveaux’’ risques professionnels, décrits aujourd’hui comme ‘’psycho-sociaux’’.

Lire la suite sur le site du SNES >>>

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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sam., 22/04/2017

[LIVRE] Se doper pour travailler

Du fait des transformations du travail (intensification, individualisation, précarisation…), nombreux sont ceux qui utilisent des substances psychoactives pour être en forme au bureau, traiter des symptômes gênants ou encore pour se détendre après une journée difficile.

Devant ces nouveaux usages et la multiplication des produits utilisés (alcool, tabac, amphétamines, cannabis, cocaïne, héroïne, caféine, psychostimulants, analgésiques, médicaments psychotropes), les auteurs, universitaires, chercheurs, syndicaliste et acteurs du soin et de la prévention s’attachent à comprendre les fonctions de ces consommations en milieu de travail.Se doper pour travailler

Pour eux, il est aujourd’hui important de se déprendre des représentations sociales qui externalisent les sources du problème, comme les jugements moraux, et d’engager un travail réflexif sur les actions et les pratiques concrètes.

Alors que les politiques publiques tendent à prescrire ou interdire, cet ouvrage ancre la prévention des addictions dans l’analyse du travail réel et des usages tels qu’ils existent et non tels qu’ils sont fantasmés. Il met à l’épreuve de la recherche et de l’action les liens multiples entre travail, santé et usages de substances psychoactives qui peuvent être, dans certaines conditions, des instruments de la production et prévenir d’autres risques au travail.

A propos des auteurs

Renaud Crespin est chargé de recherche CNRS au CSO (UMR 7116), Paris. Politiste et sociologue, ses recherches interrogent les processus d’instrumentation de l’action publique dans les domaines de la santé et de l’environnement et la circulation des expertises et des techniques biologiques (dépistage, sélection des donneurs de sang) dans différents espaces d’activités (don du sang, lutte contre le SIDA, prévention routière, lutte contre les drogues, travail). Auteur de plusieurs articles et chapitres d’ouvrage sur ces sujets, il a codirigé Les frontières de l’expertise (Presses universitaires de Rennes, 2010).

Dominique Lhuilier est professeure émérite au centre de recherche sur le travail et le développement (CNAM), Paris. Ses travaux de recherche portent essentiellement sur la problématique santé et travail. Elle a publié de nombreux ouvrages dont Placardisés (Seuil, 2002), Cliniques du travail (érès, 2006), Qualité du travail qualité au travail (s/dir, Octarés, 2014) et, Que font les 10 millions de malades ? (avec AM Wasser, érès, 2016).

Gladys Lutz est ergonome, attachée temporaire d’enseignement et de recherche et doctorante en psychologie du travail au CNAM. Ses recherches portent sur les interrelations entre le travail et les usages de psychotropes et sur l’apport de la clinique du travail pour la prévention de ces relations. Elle est présidente de l’association Addictologie et travail (Additra). Elle a dirigé avec Pierre Roche le numéro 21 de la Nouvelle revue de psychosociologie, Faire avec les drogues. Quelles interventions ? (érès, 2016).

Avec la participation de Gilles AMADO, Maria Elizabeth ANTUNES LIMA, Dominique BARADAT, Eric BEYNEL, Fabien BRUGIERE, Renaud CRESPIN, Christophe DEJOURS, Quentin DURAND-MOREAU, Elise FOSSET, Michel HAUTEFEUILLE, Marie Odile LALOT, Dominique LHUILIER, Marc LORIOL, Gladys LUTZ, Marie-France MARANDA, Patrick PERETTI-WATEL, Charline ROBINAUD, Duarte ROLO

Se doper pour travailler, éditions Érès, collection Clinique du travail, 352 pages, EAN : 9782749254593, avril 2017

Pour se procurer l’ouvrage : http://www.editions-eres.com/ouvrage/4032/se-doper-pour-travailler

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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jeu., 20/04/2017

Aux États-Unis, une série de films pour apprendre à « reconnaître » le harcèlement sexuel

Le comédien David Schwimmer produit une série de courts-métrages intitulée « Ceci est du harcèlement » qui vise à faire évoluer les consciences et à apprendre à reconnaître le harcèlement quand on y est confronté.

Aux États-Unis, une nouvelle campagne contre le harcèlement sexuel vient d’être lancée sur les réseaux sociaux. Une série de six courts-métrages, produits par l’acteur David Schwimmer (qui jouait le rôle de Ross dans la sitcom Friends) sont visibles sur la page Facebook intitulée That’s Harassment (« Ceci est du harcèlement »). Chaque court-métrage a été vu par environ 100 000 internautes, sans compter un partenariat avec le magazine féminin Cosmopolitan, qui assure une diffusion sur Youtube.

Les six courts-métrages sont inspirés d’histoires vraies, et font intervenir différentes scènes de la vie au travail : un politicien et une journaliste ; deux employés de café ; un photographe et son modèle ; un acteur et sa costumière ; un médecin et sa patiente ; un patron et son employée. En quelques minutes, le scénario se déploie, et la situation devient de plus en plus glaçante, à mesure que la situation de harcèlement se met en place et que la femme comprend ce qui est en train de lui arriver.

« Mettre des visages sur le harcèlement sexuel »

Avant de lancer ce projet, David Schwimmer avait vu une série de cinq courts-métrages de la réalisatrice israélienne Sigal Avin. Il a souhaité transposer ces scènes imaginées aux Etats-Unis. « Dans le climat actuel, les femmes se battent pour des droits civiques et humains fondamentaux », explique le producteur sur NBC News :

« Nous avons voulu mettre des visages sur le harcèlement sexuel, sur ce que c’est réellement. Pour pouvoir dire explicitement que ce n’est pas acceptable, il faut savoir ce que c’est, savoir le reconnaître quand on est soi-même harcelée, quand une amie, une collègue est harcelée, pour pouvoir en parler. »

A voir les courts-métrages, il est évident que le projet tient d’abord à l’idée de dénoncer des situations du quotidien qu’une femme peut vivre sans savoir qu’elle fait face à du harcèlement. Cependant, « les hommes aussi pourront essayer de réfléchir à leur propre comportement », ajoute David Schwimmer, avant de citer l’exemple de l’un de ses amis acteurs, qui joue dans l’un des films.

« Il a pris conscience que, sur des tournages télé, ça lui était arrivé d’avoir un geste pour une femme de l’équipe ou une des maquilleuses ou une des costumières… Une accolade pour dire au revoir ou pour dire“bravo, bon travail”… Mais il ne le fait pas avec les hommes. Et soudain, il s’est dit “peut-être que je ne devrais pas faire cela”. Simplement dire bravo ou au revoir, sans l’accolade. […] Lui, c’est une star. Et elles n’en sont pas. On se rend compte qu’il y a une question de pouvoir derrière tout ça. »

Les courts-métrages font également intervenir une série d’acteurs déjà vus sur le petit écran. Grace Gummer, la fille de Meryl Streep (American Horror Story, The Newsroom), Noah Emmerich (The Americans), Cynthia Nixon (Sex and the City), ou encore Emmy Rossum (Shameless).

Consulter les vidéos sur le site Lemonde.fr

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mer., 19/04/2017

Mettre des mots sur le burn out

TÉMOIGNAGES – Depuis 2013, une maison discrète à Poissy (Yvelines) accueille les victimes du « burn-out », le syndrome d’épuisement professionnel. Structure unique en France, cette « Maison Souffrance et Travail » propose des consultations individuelles ou des groupes de paroles avec des psychologues, ainsi que la mise en contact avec des coachs ou des avocats.

Un lieu d’écoute

Au bord d’une route très fréquentée, une maison de banlieue en meulière tranche avec les immeubles modernes du quartier. La porte y est toujours ouverte pour accueillir la souffrance des victimes de « burn out ».

Celle qui en possède les clés s’appelle Françoise François. Ancienne infirmière, elle est devenue psychologue du travail après avoir été victime elle aussi, il y a 18 ans, d’un syndrome d’épuisement professionnel. Cette femme à la voix douce et rassurante gère un emploi du temps de ministre. Chaque jour, chaque semaine, elle voit les rendez-vous s’enchaîner les uns après les autres, les appels à l’aide se succéder, avec toujours cette souffrance au bout du fil.

« J’ai une trentaine d’appels téléphoniques par jour, le dimanche y compris », explique Françoise François en nous montrant son agenda au bord de la saturation. « J’ai des gens en très grande détresse au téléphone. Ils viennent de tous les horizons, ce sont des ingénieurs, des notaires, beaucoup de professions libérales mais aussi beaucoup d’ouvriers. Ce sont de gens qui se retrouvent dans des situations extrêmement violentes et complexes… ».

En 2016, près de 5.000 personnes ont franchi la porte de la « Maison Souffrance et Travail ».

Médecin en burn out : la souffrance en miroir

Le burn out est le point de non-retour d’un situation qui s’enlise. Ça commence souvent par des horaires qui n’en finissent plus, une souffrance qu’on tente de dissimuler tant bien que mal puis il y a cette impression d’être face à un mur. Alors Françoise les écoute, leur donne des conseils.

Ce médecin généraliste vient en consultation depuis un an. Après de brillantes études de médecine, près de 30 ans à exercer son métier, sa passion, il craque. Sous le poids des horaires au cabinet et d’une charge administrative qui l’épuise.

« Il y a la peur de savoir si vous allez vous effondrer pendant la consultation parce que finalement on joue un rôle. Et il faut montrer celui qui est fort, a la hauteur et qui a le pouvoir d’aider le patient qui a franchi la porte de son cabinet », confie-t-il à la psychologue. Celle-ci l’interroge : « Comment faites-vous lorsque dans votre consultation vous rencontrez des patients en burn out et qu’ils vous demandent de l’aide ? Vous savez que vous êtes en burn-out alors comment faites-vous ? »

« On se voit comme dans un miroir », poursuit-il. « Eux viennent me voir en pensant que je dois les aider mais je me dis que je ne peux pas m’aider moi-même, comment vais-je pouvoir l’aider ? »

Depuis qu’il a pris conscience de son burn-out, il a décidé de lever le pied. Dans sa consultation, il ne reçoit plus que quelques heures par jour. L’idée même de quitter son cabinet fait désormais sens pour lui.

Lire la suite sur le site AlloDocteurs.fr : Retourner travailler « jusqu’à ce que ça craque » ; Culpabiliser d’être en souffrance ; « La maladie du courageux » ; Quand l’épuisement professionnel conduit au suicide…

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mar., 18/04/2017

Solidaires met en place une carte des suicides au travail

Message du syndicat Solidaires

Solidaires lutte depuis toujours pour rendre visible les atteintes à la santé des travailleuses et travailleurs.

Partout les directions d’entreprises cherchent, au contraire, à rendre invisibles les suicides liées au travail. C’est le cas à la SNCF, à l’APHP, à La Poste, dans de trop nombreuses entreprises, petites et grandes avec parfois aucune équipe syndicale.

Après les suicides le 7 mars d’une infirmière à l’hôpital Cochin et d’un cheminot le 10 mars à la gare St Lazare, Solidaires a décidé de les recenser et de les rendre publics sur une carte. Nous allons procéder à cette mise en visibilité avec vous !

Nous invitons les équipes syndicales, les salarié-es et militant-es qui ont connaissance d’un suicide lié au travail à nous en informer en remplissant un court formulaire en ligne sur notre site des conditions de travail, la-petite-boite-a-outils.org. Le formulaire est en ligne, simple et rapide à remplir, il est accessible sur cette page: http://la-petite-boite-a-outils.org/chantiers/informer-dun-suicide-lie-au-travail/

Il suffit de nous communiquer les informations sur le lieu, la date avec un lien, une source l’ayant rendu public (communiqué ou tract syndical, articles de presse, etc.) et nous les mettrons en ligne sur une carte:  http://la-petite-boite-a-outils.org/chantiers/carte-suicides/.

Sur notre site, nous avons aussi élaboré et construit des outils qui sont à disposition des équipes syndicales, des salariè-es et des militant-es:

Agir syndicalement lorsqu’un-e collègue se suicide ou tente de se suicider:https://www.solidaires.org/Fiche-no-8-Agir-syndicalement-lorsqu-un-e-collegue-se-suicide-ou-tente-de-se

Pressions et répressions sur les militant-es syndicaux :https://www.solidaires.org/Fiche-no-12-Pressions-et-repressions-sur-les-militant-es-syndicaux

Pressions au travail : quand des collègues ‘‘pètent les plombs’’:https://www.solidaires.org/Fiche-no-1-Pressions-au-travail-quand-des-collegues-petent-les-plombs

Ainsi que des fiches comme par exemple:

le harcèlement moral individuelhttps://www.solidaires.org/La-fiche-le-harcelement-moral-individuel

Réaliser un arbre des causes:http://la-petite-boite-a-outils.org/fiche-pratique-realiser-un-arbre-des-causes/

Il est indispensable aujourd’hui de rendre visible les suicides liés au travail, il est temps pour nous toutes et tous d’agir pour ne plus perdre sa vie à la gagner.

À Édouard et à celles et ceux qui perdent leur vie en essayant de la gagner.

http://la-petite-boite-a-outils.org/a-edouard-et-a-celles-et-ceux-qui-perdent-leur-vie-en-essayant-de-la-gagner/

Carte des suicides au travail

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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ven., 14/04/2017

Syndrome d’épuisement professionnel : intervenir très en amont de la phase d’état

Le syndrome d’épuisement professionnel est défini par l’Organisation mondiale de la santé comme « un sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d’incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail ».

Dans la Classification internationale des maladies (CIM 10), l’épuisement professionnel n’apparaît pas, à juste titre, comme diagnostic parmi les « troubles mentaux et du comportement » mais se trouve mentionné au chapitre XXI consacré aux « facteurs influençant sur l’état de santé et motifs de recours aux services de santé », à la rubrique des « sujets dont la santé peut être menacée par des conditions économiques et psychosociales », avec le code Z 73-0 renvoyant au surmenage.

Sommaire du dossier :


Le Concours Médical
, décembre 2016.
Conseillère scientifique : Dr Marie-Pierre Guiho-Bailly,
Centre de consultations de pathologie professionnelle du CHU d’Angers.
Dossier coordonné par Brigitte Némirovsky

Dossier Syndrome d'épuisement professionnel

 

 

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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jeu., 13/04/2017

Prévention des risques psychosociaux : vademecum à l’usage des agents de contrôle de l’inspection du travail et des médecins du travail

Les risques psycho sociaux et leur prévention sont devenus une préoccupation majeure dans le domaine de la santé mentale au travail, consacrée notamment par l’entrée dans le code du travail de la réglementation relative au harcèlement moral.

La question recouvre des situations de nature différente, du stress à l’épuisement professionnel en passant par les difficultés relationnelles au sein d’un collectif de travail et la souffrance morale, jusqu’au harcèlement proprement dit. Un nombre grandissant de salariés se dit concerné : l’administration du travail se doit donc de se saisir du problème et de proposer des pistes pour l’action préventive. Elle a ainsi fait des risques psychosociaux un des axes prioritaires de l’action de ses services au sein du Plan Régional Santé Travail de Bourgogne.

Les questions relationnelles, comportementales et organisationnelles posées, leur subjectivité, le passage de l’individuel au collectif rendent l’évaluation, l’action et la prévention délicates. C’est pourquoi il est impératif de mobiliser l’ensemble des acteurs concernés, inspection du travail et médecins du travail notamment, afin de mettre en oeuvre, de concert, des compétences, des savoirs, des outils complémentaires et, ainsi, aboutir à une synergie dont on ne saurait se passer eu égard à la complexité du sujet.

Ces acteurs de terrain, essentiellement médecins du travail, agents de contrôle et des services de renseignements de l’inspection du travail, ont manifesté le souhait de disposer d’informations et d’outils d’intervention pour leur activité au quotidien.

C’est pourquoi deux groupes de travail, composés l’un de médecins du travail, l’autre d’agents de contrôle, ont réalisé ce vade-mecum, permettant d’orienter et de faciliter l’action. Cet ouvrage, conçu par ceux-là mêmes qui interviennent en entreprise, se veut un document support d’aide au diagnostic, à l’action, à la décision, à l’orientation des salariés, auquel les acteurs de terrain pourront recourir dans le quotidien de leur action de prévention des risques psychosociaux.

Lionel DE TAILLAC
Directeur Régional du Travail de l’Emploi et de la Formation Professionnelle de Bourgogne.

Lire le vade-mecum « Prévention des risques psychosociaux »

Prévention des risques psychosociaux Vademecum

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mer., 12/04/2017

Invitation SMTEFC vendredi 5 mai 2017 au Restaurant: le Trépillot à Besançon

Bonjour à tous,

Je suis désolé de ce message tardif pour vous prévenir du programme de cette réunion scientifique.

Je vous remercierai d'avance de bien vouloir diffuser cette information auprès de toutes les personnes qui pourraient être susceptibles d'être intéressées.

Pour la prochaine réunion scientifique du 5 mai 2017, la séance aura lieu toujours au même endroit :

Restaurant le Trépillot, rue Victor Sellier, 25000 Besançon.

8h30 à 9h Accueil caféiné

9h à 10h : Intervention de Sébastien HOF, Psychologue du travail

Exposé : "Questionnements empiriques concernant le cadre d'une démarche de prévention des RPS". L'objectif est d'évoquer un retour d'expériences concernant la posture à tenir et ses contraintes, les difficultés liées à l'intervention et la liaison avec les dirigeants ou le commanditaire.

10h à 10h30 : Discussion

10h 30 à 10h 45 Pause café

10h 45 à 11h 45 Assemblée Générale Extraordinaire (AGE)

Cette Assemblée aura pour objectif de valider les nouveaux statuts introduisant la société de santé au travail dont vous trouverez une proposition en pièce jointe. Il sera également proposé d'intégrer de nouveaux membres au sein du bureau afin de favoriser le développement de la société et la prise en compte de la pluridisciplinarité souhaitée. Pour rappel, tout professionnel de la santé au travail peut faire partie du bureau.

Ainsi, si vous êtes intéressé(e), je vous prierai de bien vouloir nous envoyer une demande au moins 7 jours avant l'AGE. Attention, seuls les membres à jour de leurs cotisations peuvent soumettre leur candidatures à notre adresse mail (une fiche d'adhésion se trouve également en pièce jointe)

Vous souhaitant une bonne réception,

A bientôt.

-- Sébastien HOF

Président SMTEFC - future société de santé au travail de Franche-Comté

Tel : 0609852186

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Le diktat du bonheur au travail

Parce qu’un salarié heureux est un salarié performant, nombre d’entreprises, puisant dans la psychologie et les techniques managériales, se lancent dans la quête du bien-être de leurs collaborateurs. Une injonction au bonheur, infantilisante, qui dépossède les travailleurs de leurs savoirs.

 

Dans son livre Le Meilleur des Mondes, publié en 1932, Aldous Huxley décrit une société soi-disant parfaite, où «tout le monde est heureux à présent» (1). A regarder dans les librairies les rayons entiers de livres pour apprendre à être heureux, à écouter les publicitaires qui nous promettent le bonheur dans le Nutella ou dans une nouvelle voiture, qui nous incitent à manger vegan pour voir le monde en rose, on se dit que le monde décrit par Huxley reste d’actualité.
Le bonheur, bien qu’on ne sache pas très bien de quoi il est fait, est devenu un «produit» à rechercher à tout prix, au même titre que la minceur, le succès professionnel et le dernier téléphone cellulaire (2). Santé physique, équilibre mental, vie de couple, finances, on met constamment en avant la nécessité d’avoir toujours une attitude volontaire et «positive». Comme l’écrit Pascal Bruckner, «un nouveau stupéfiant collectif envahit les sociétés occidentales: le culte du bonheur. Soyez heureux! Terrible commandement auquel il est d’autant plus difficile de se soustraire qu’il prétend faire notre bien» (3).

Au travail aussi, il s’agit d’être heureux, et les managers inventent de nombreuses techniques pour assurer le bonheur de leurs collaborateurs. On voit désormais dans certaines grandes entreprises des chief happiness officers – responsables en chef du bonheur (!) – mettre en place les conditions favorables à l’engagement total des salariés dans leur travail en levant tous les obstacles personnels et privés possibles, partant du principe qu’un-e employé-e heureux-se serait bien plus productif-ve.

Du bonheur par le jeu au bonheur par l’amour

Tout le monde a entendu parler des entreprises de la Silicon Valley avec leurs salles de babyfoot et leurs tables de ping-pong. D’autres entreprises leur ont emboîté le pas, en visant par des interruptions ludiques la diminution de la monotonie du travail et l’augmentation de la motivation. Duarte Rolo décrit ces jeux dans des call centers (4) : cela passe par le port d’un déguisement sur le lieu de travail ou par le concours du plus beau bébé – les opérateur-trice-s devant présenter une photo d’eux-mêmes à l’âge de nourrisson. Des «challenges» pour gagner la place de meilleur vendeur sont organisés entre individus et entre équipes. Des minutes de repos» sont octroyées pendant lesquelles le personnel a la possibilité de jouer sur une console vidéo ou de piloter un drone au-dessus de la tête des collègues.

Ces pratiques sont encadrées par des animateurs commerciaux, chargés de maintenir l’engagement, la motivation et l’enthousiasme de chacun-e. Difficile de ne pas participer, même si ce n’est pas obligatoire, au risque de se faire ostraciser comme un-e «ingrat-e». Dans un autre contexte, pour se faire embaucher chez Facebook, on vous demande à quel personnage de Star Wars vous vous identifiez, sans que vous sachiez s’il vaut mieux répondre «Dark Vador», «Yoda» ou «Chewbacca».

Sophie de Menthon, chef d’entreprise et présidente du mouvement Ethic (Entreprises de taille humaine indépendantes et de croissance), a lancé ce 23 février une Journée «J’aime ma boîte», pour faire parler cette «majorité silencieuse qui finit par avoir un peu honte de ne pas être en guerre contre l’entreprise, de ne pas se sentir exploitée, de ne pas éprouver la fameuse souffrance au travail, de ne pas fustiger ceux qui ont gagné de l’argent et même hérité». Il faut, dit-elle, introduire de l’affectif dans l’entreprise. Le patron de la chaîne GIFI, distributeur de pacotilles pour la maison et le jardin, déclare, dans un clip publicitaire, sa passion devant l’assemblée du personnel: «C’est l’amour qui rend compte de nos succès, je vous le dis, je vous aime!» Et le chanteur Manolo des Gipsy Kings d’entonner «j’aime ma boîte, ton entreprise sera ta vie».

Mais on n’entre pas dans une entreprise comme dans un couple. Déclarer son amour à son entreprise a quelque chose de malsain. Soit vous y êtes bien, et votre engagement est récompensé par votre salaire, par votre absence relative de déplaisir en vous levant le matin et par une garantie de ne pas vous faire jeter dans le prochain plan de licenciement collectif; soit vous y êtes mal, et simuler l’amour pour votre entreprise tourne à la torture psychologique.

L’entreprise chinoise Foxconn, qui emploie plus de 100 000 ouvrier-ères pour fabriquer tous les composants de nos ordinateurs, tablettes et téléphones, compte parmi les plus cyniques. Chaque matin ses employé-e-s se réunissent pour crier en chœur, en réponse à leur hiérarchie: «we are good, very good, very very good» (5) (Nous sommes bons, très bons, très très bons) avant de rejoindre leur poste dans la chaîne de production, où il est interdit de parler. C’est un véritable univers concentrationnaire, où les filets fixés dans les cages d’escaliers pour empêcher les personnes de se suicider côtoient de grandes affiches proclamant «Cœur à cœur, Foxconn et moi grandissons ensemble; une famille unie au cœur plein d’amour».

Lire la suite, Le bonheur par l’accomplissement de soi, sur le site Lecourrier.ch


  1. Aldous Huxley, Le Meilleur des Mondes, traduction, Pocket, 2013.
  2. La déclaration d’indépendance américaine annonçait déjà cette approche instrumentale du bonheur: «Life, Liberty and the pursuit of Happiness».
  3. Pascal Bruckner, L’Euphorie perpétuelle: Essai sur le devoir de bonheur, Grasset, 2000.
  4. Duarte Rolo, Mentir au travail, PUF, 2015
  5. Yang, J. Chan, Xu Lizhi, La machine est ton seigneur et maître, éd. Agone, 2015.

Billet original sur Souffrance et Travail - Marie Pezé

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mar., 11/04/2017

Nourrir le collectif. Sortir de l’individualisation pour sauver le travail

Nous vous informons de la sortie de l’ouvrage « Nourrir le collectif. Sortir de l’individualisation pour sauver le travail » de Yves Grasset dans la collection Clinique et changement social chez l’Harmattan.  Quatrième de couverture : « Il semble aller de soi que le travail témoigne de la réalisation d’une oeuvre commune. Pourtant, aujourd’hui, le collectif se fissure, se morcelle, et ce dans…

Billet original sur http://sociologie-clinique.fr/

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